Le jeune homme arbore le sourire bravache de ceux qui ont flirté plusieurs fois avec la mort. Attablé dans un café parisien, Paul-Auguste Germain prend les journalistes de L'Express à témoin: "Est-ce que j'ai la tête d'un type qui a reçu une greffe des poumons il y a quelques semaines?" Non, rien ne trahit son statut de convalescent, tenu à une visite de contrôle hebdomadaire dans le service spécialisé de l'hôpital européen Georges-Pompidou. Si quelque chose intrigue, chez ce garçon de 27 ans plein d'énergie, c'est plutôt le timbre grave de sa voix, qui contraste avec des traits juvéniles et une carrure fluette. Un gabarit poids plume, signature de la mucoviscidose, la maladie génétique responsable de la lente destruction de ses bronches.
Paul-Auguste a accepté d'être filmé pour France 3 avant, pendant et après la transplantation afin d'encourager les dons d'organes, insuffisants à ce jour. Plus de 200 décès surviennent en effet chaque année par manque de greffons. "J'ai rencontré la mère de Grégory Lemarchal, le chanteur de la Star Academy mort en 2007 peu après son inscription sur la liste d'attente pour une greffe, raconte-t-il. Elle m'a convaincu de la nécessité de changer les mentalités."
Témoigner, d'accord. Apitoyer, certainement pas. "J'ai toujours agi comme si la maladie n'existait pas, explique-t-il. Quand je suis né, les enfants touchés par la mucoviscidose avaient seulement 4 % de chances d'atteindre l'adolescence (1)..." Le gamin de Tours (Indre-et-Loire) a pourtant dépassé l'échéance annoncée et s'est aussitôt mis à conduire des motos à allure déraisonnable, à écumer les rave parties et à abuser des drogues dures. Jusqu'à l'overdose, en 2001, dont il réchappe pour ne plus jamais replonger. "J'ai toujours eu de la chance", résume-t-il sans une once d'ironie.
Au moment d'attaquer le dessert, la cuillère tremble dans la main de Paul-Auguste. "C'est l'effet des médicaments antirejet. Rien du tout, comparé à mon état d'avant, affirme-t-il posément. Mes poumons étaient tellement abîmés qu'ils se remplissaient régulièrement de sang. Je pouvais m'étouffer à tout moment." Plus besoin de dormir assis, harnaché d'un masque à oxygène et attaché à la perfusion. "Ce n'était pas franchement romantique, pour mon amie, de passer ses nuits avec Robocop, moitié homme, moitié machine...", plaisante-t-il. Redevenu un simple humain par le pouvoir de la transplantation, Paul-Auguste épousera bientôt Stéphanie, sa compagne depuis plusieurs années.
(1) Grâce aux progrès médicaux, l'espérance de vie d'un nourrisson s'élève aujourd'hui à 46 ans. Les Virades de l'espoir, courses à pied destinées à récolter des dons pour la recherche, se tiennent dimanche 27 septembre dans toute la France.
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